[Entretien] « Pourquoi je défends une tenue unique à l’école »


Pourquoi faites-vous de l’école un thème de votre campagne ?

L’école fait partie de ces sujets essentiels pour la reconstruction de notre pays que notre famille politique n’a plus élevés au rang de priorités nationales depuis trop longtemps. La droite doit être la nouvelle héritière de Jules Ferry, celle qui rebâtira une école de la République. La gauche a abandonné cette ambition et Emmanuel Macron est impuissant, allant de demi-mesure en demi-mesure. Parce que je pense que c’est à nous de reprendre ce combat, j’adresserai cette semaine une lettre nationale à ceux qui éduquent nos enfants : les enseignants et les parents.


Je n’ai aucune nostalgie des blouses d’antan, mais la tenue vestimentaire unique permettra de stopper toutes les incursions religieuses

Que voulez-vous leur dire ?

Que la situation de notre école est catastrophique. Nous ne pouvons pas accepter l’effondrement du niveau scolaire que reflète chaque année le classement Pisa. Nos enfants, s’ils ne maîtrisent ni la lecture, ni l’écriture, ni le calcul, réduisent à néant leurs chances de plein et entier épanouissement. L’école ne répond plus à sa promesse républicaine : casser la reproduction sociale. Selon l’OCDE, il faut en France six générations pour que des enfants de familles défavorisées atteignent le revenu moyen. Enfin, entre incursions du voile et autres tenues islamistes et communautaristes, défis lancés lors des minutes de silence après l’assassinat de Samuel Paty, et sujets que les enseignants n’osent plus aborder, elle n’est plus ce lieu sacré qui façonne des citoyens libres. On abdique dans l’enseignement de notre histoire, de nos valeurs républicaines, de notre esprit critique, de cette capacité à se faire son propre avis, à forger ses convictions. Quand notre école décroche, c’est toute notre société qui décroche, à commencer par notre économie. Le conseil d’analyse économique a évalué à 140 milliards d’euros le coût du décrochage scolaire pour notre productivité.

Que proposez-vous ?

Pour remettre notre école à l’abri des bruits du monde, je propose que tous les enfants portent la même tenue dans l’école de la République, écoles, collèges et lycées. L’uniforme à l’école, c’est la droite moderne que vous voulez incarner ?

Contrairement à certains, je n’ai aucune nostalgie des blouses d’antan. Mais la tenue vestimentaire unique permettra de stopper toutes les incursions religieuses, islamistes, communautaires, et même politiques que l’on néglige trop. Au collège ou au lycée, certaines tenues sont autant de slogans politiques qui n’y ont pas leur place. J’ai été maire, je me souviens aussi que j’étais capable, au premier coup d’œil, de distinguer par le dernier vêtement à la mode l’enfant venu d’un milieu modeste et celui d’une famille favorisée. Il s’agit donc à la fois de rétablir la laïcité et l’égalité de départ entre les enfants de la République.


Que proposez-vous face à la baisse du niveau scolaire ?

Je veux une école de l’excellence. Il faut abandonner l’objectif hypocrite de 80 % de réussite au baccalauréat, qui n’est qu’un nivellement par le bas. Un enfant ne devra plus passer en sixième s’il ne maîtrise pas les savoirs fondamentaux, ce qui devra être certifié par un examen. L’Éducation nationale devra se donner tous les moyens de parvenir à cet objectif, y compris en dédoublant des classes. Ce n’est pas une sanction, c’est une ambition. Je souhaite aussi que chaque collège et lycée délivre des bourses au mérite, attribuées de façon autonome par les chefs d’établissement et les enseignants eux-mêmes. Et parce que ce message de mérite et d’excellence s’adresse aussi aux enfants différents, je propose que dès lors qu’il y a au moins trois enfants en situation de handicap dans une classe, il y ait deux enseignants, dont un spécialisé, en renfort des accompagnants.


Il faut poser la question de la rémunération des enseignants

Que dites-vous aux enseignants ?

Nous les avons abandonnés. La droite doit repartir à la conquête de nos enseignants, qui sont confrontés chaque jour à ce que nous dénonçons : l’effondrement de l’autorité et la montée des communautarismes. Parce que leur métier est précieux, nous devons mieux les former. Je refuse que nous recrutions des profs sur Leboncoin et que nous les formions en quatre jours. Ce fut une erreur de supprimer l’école normale et les IUFM. Je souhaite qu’on recrée une « École normale de la République », qui formera tous les instituteurs, délivrera une certification aux enseignants des collèges et lycées et assurera à nouveau une formation continue.


Comment lutter contre la crise des vocations ?

Il faut poser la question de la rémunération. Il existe un écart de 20 à 30 % entre les salaires des enseignants français et ceux de nos voisins européens. Il doit être comblé. C’est la contrepartie de l’exigence d’excellence, d’une autonomie accrue, et d’un retour de l’autorité du maître. Car je veux qu’à l’avenir un professeur puisse décider seul d’exclure un élève de sa classe, sans dépendre de procédures déresponsabilisantes.


Lorsqu’on a l’ambition de reconstruire sa famille politique, de diriger la nation, on ne cède pas à la bidouille politique

Si vous n’êtes pas au second tour du congrès LR, soutiendrez-vous Éric Ciotti ou Bruno Retailleau ?

Je serai au second tour. Avec mon équipe, nous allons créer la surprise. Nous le sentons partout sur le terrain que je laboure chaque jour : nos adhérents veulent tourner les pages et miser sur l’avenir. Je crois que je gagne déjà la première des batailles, celle des idées : je vois que, sur les retraites par exemple, mes amis progressent vers moi. C’est très bien !


Les députés LR refusant de voter les motions de censure, Marine Le Pen a interpellé les candidats LR : « Vous considérez-vous comme étant dans l’opposition ou comme la béquille d’Emmanuel Macron ? » Que lui répondez-vous ?

Je suis dans l’opposition et je le resterai. Les électeurs de Marine Le Pen acceptent-ils, eux, qu’elle ait fait cause commune avec Mme Rousseau et Jean-Luc Mélenchon ? Lorsqu’on a l’ambition de reconstruire sa famille politique, de diriger la nation, on ne cède pas à la bidouille politique. Ce qui m’intéresse, c’est de remettre notre mouvement en ordre de bataille. Le véritable horizon de l’alternance, c’est 2027. D’ici là, nous devons rebâtir un mouvement populaire capable de changer la vie des Français.

Derrière quel candidat en 2027 ?

Président des Républicains, je poserai cette question deux ans avant la présidentielle, pas avant. Et la décision sera prise sans primaire. Je proposerai que notre bureau politique, où mes deux concurrents seront représentés selon leurs résultats au congrès, se mette d’accord sur un nom. Si personne ne parvient à mettre d’accord un bureau politique de 100 membres, comment peut-il convaincre des millions de Français ? Ce nom sera ensuite soumis au vote des adhérents. C’était la méthode du RPR : simple et claire


Laurent Wauquiez est mis en cause pour un dîner qui a coûté plus de 100 000 euros d’argent public. Qu’en pensez-vous ?

S’il fallait la démonstration qu’il ne faut pas choisir notre candidat à la présidentielle trop tôt, la voici. Précipiter contre son gré un calendrier, c’est l’exposer à toutes les balles. Laissons Laurent Wauquiez nouer son lien avec les Français. Président des Républicains, face à Jordan Bardella, Mathilde Panot, Aurore Bergé, je serai le premier des combattants de la droite populaire.



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