[Tribune] Immigration : « Non à la répartition des étrangers dans nos campagnes »


Aurélien Pradié. @Clement MAHOUDEAU / AFP


Le projet gouvernemental visant à répartir l'immigration en province trahit un double mépris de la population migrante et du peuple des campagnes.


Monsieur Macron, la France n’est pas un laboratoire. Elle n’est pas votre joujou, votre passe-temps, encore moins le réceptacle de vos pseudo-expériences sociales, socialistes, socialisantes. Vos propos sont une véritable gifle au visage des provinces d’abord, de notre modèle politique et civilisationnel ensuite ; un cadeau empoisonné pour ces communes, villages, « territoires » (comme vous devez vous amuser à les appeler) que vous ne connaissez pas et qui vous ont toujours indifféré.

Je suis élu de la République. Lotois de cœur, de tradition, d’enfance, certes, mais français avant tout. Et fier avec ça. De notre patrie, de notre histoire, de notre culture. J’ai parcouru nos territoires, je connais la vie difficile de nos compatriotes, ceux-là mêmes que vous voulez convertir de force au “vivre-ensemble”. Alors que bon nombre d’arrivants – en situation régulière ou non – n’en veulent pas et que la question de “faire communauté nationale” leur est étrangère.

Vous voulez faire payer aux Français votre inaction migratoire, votre incapacité à voir sur le long terme, vos compromissions, votre laxisme. Ce que vous avez cru bon d’appeler « transition démographique » est un contresens (le géographe Laurent Chalard en a parfaitement parlé dans le Figaro), pire, il valide la théorie du Grand Remplacement.


Vous dites vouloir ces mouvements de population car les « espaces ruraux sont en train de perdre de la population » et ajoutez que les « conditions de leur accueil [seront] bien meilleures que si nous les mettons dans des zones qui sont déjà densément peuplées, avec une concentration de problèmes économiques et sociaux massifs ». De qui vous moquez-vous ? Comme si déplacer des migrants en province permettra de désengorger les métropoles ; comme si parachuter un étranger seul et sans repères (géographie, langue, travail et autres) le contraindra à rester dans le décor qui lui aura été choisi... Que dire également du manque d’infrastructures (religieuses, par exemple) dans nos villages ?


Votre intégration forcée n’est que le synonyme d’un communautarisme gourmand, jamais rassasié, qui dévore notre pays depuis des années. Un communautarisme rampant, agressif, de moins en moins masqué, laissant sur chacun de ses passages quelques calques de lui-même. Quel est votre projet ? Faire de la Corrèze un Château Rouge, avec des vaches en arrière-plan ? du Cantal la Seine-Saint-Denis ? de l’Aveyron une porte de la Villette bis ?


Vous participez à la tribalisation de la France et dessinez grossièrement de nouvelles frontières à l’intérieur des nôtres. La Cour européenne des droits de l’homme vous effraie donc à ce point ?

Je me souviens de la crise migratoire de 2015. J’avais 29 ans, j’étais maire ; mon souvenir politique le plus vivace. J’ai, comme tatoué dans ma mémoire, les images de ces gens venus d’ailleurs et que des pays européens – l’Allemagne de Mme Merkel pour n’en nommer qu’un seul – firent mine d’accueillir.


Pour un semblant de solidarité, une médaille des Nations unies épinglée à l’ego et qui se décrochera avec le temps, soyez-en sûr. Car derrière cette fausse bonté, quels résultats ? Que sont-ils devenus ? Où sont-ils ? Les migrants ne sont pas des pions que l’on transporte d’un lieu à un autre en un claquement de doigts ; ils ont droit au respect, à la dignité. Tout le contraire de ce que vous leur promettez. Tout le contraire des valeurs humaines et politiques auxquelles je crois.

Il m’est inconcevable de mettre ces valeurs de côté par “pragmatisme” coupable. Nos territoires doivent tous les jours relever le défi du chômage, de la désindustrialisation massive, des déserts médicaux, d’une jeunesse désœuvrée, sans perspectives d’avenir. À cela s’ajoutent un taux de natalité des plus faibles, et un chômage des immigrés (12,9 %) et de leurs descendants (12 %), d’après l’Insee, « nettement supérieur à celui des personnes sans lien avec l’immigration (6,9 %) ».


En bon soldat de la centralisation, vous tentez de cacher la misère île-de-francienne sous le tapis vert de nos campagnes, de semer vos échecs dans tout l’Hexagone, pour que nous les récoltions dans les décennies à venir.


Votre autoritarisme de pacotille ne sert personne, sauf votre bonne conscience, sinon à masquer votre incapacité à organiser le pays. Si votre plan – plein de bon sens à vous entendre – tient la route, pourquoi ne pas le soumettre à un vote par référendum ? Les Français sont des êtres rationnels, raisonnés. Mais peut-être pas assez pour comprendre telle complexité intellectuelle !

Monsieur le président, la France se fait de plus en plus âgée ; son corps fatigue, sa mémoire se trouble, elle y voit de moins en moins clair. Alors, faites au moins semblant de la guider, offrez-lui votre bras, du temps qu’il vous reste. Et n’oubliez jamais que si vous disparaissez en 2027, notre patrie, elle, se doit d’être éternelle.



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