[Entretien] « À l'université, il faut interdire le port de toute tenue religieuse »

Le député du Lot revient sur son débat face à Eric Ciotti et Bruno Retailleau pour la présidence de LR. Il appelle à un "électrochoc" face à l'islamisme radical.


Aurelien Pradié, en février 2022. AFP


Il est le challenger de l'élection interne des Républicains (LR). Aurélien Pradié a tenté de se démarquer lors de l'unique débat télévisé de la compétition. Hérault d'une droite sociale, le député du Lot de 36 ans s'oppose à un report de l'âge légal de départ à la retraite et appelle à revoir la formation des enseignants. Ce représentant de la nouvelle génération n'oublie pas de cajoler les adhérents LR en en proposant de diviser par deux par notre volume d'immigration. "Pour ne pas disparaître, la droite doit sortir de sentiers battus", revendique l'élu, qui revient sur ses passes d'armes avec Bruno Retailleau ou les accusations d'alliance avec Éric Ciotti.


L'Express : uniforme jusqu'à l'université, division par deux de notre volume d'immigration, réserves sur le port du voile dans l'espace public... Aurélien Pradié voulait-il rappeler qu'il était de droite lundi soir ?

Je n'ai rien rappelé. J'ai affirmé mes convictions. Les Français, qui me connaissent moins que mes concurrents, découvrent le fond de ma pensée. Je suis un républicain attaché aux questions de laïcité et d'émancipation. Chacun doit pouvoir grandir dans notre société sans avoir besoin d'affirmer son appartenance religieuse. Plus on cède aux adversaires du modèle républicain, moins on rend service à nos concitoyens. Ces dernières années, on m'a davantage entendu sur d'autres sujets. Mais je suis très au clair sur ces questions. Je veille néanmoins à aller au-delà et à parler de tout. Quand j'évoque l'éducation, je parle de la formation de nos enseignants et des bourses au mérite, pas seulement de l'uniforme.


Votre proposition d'un uniforme obligatoire à l'université au nom de la neutralité religieuse laisse sceptique vos rivaux...

Nous avons besoin de préserver des espaces de neutralité et de liberté. Des attaques sont menées depuis des années contre les valeurs républicaines. Un récent rapport des renseignements territoriaux établit qu'un des objectifs des activistes de l'islamisme radical est de saturer visuellement l'espace public de la présence du voile. Nous avons une lâcheté sur ce sujet qui ne peut plus durer. Nous admirons légitimement les femmes iraniennes qui ôtent le voile et nous considérons qu'en France, il serait presque un outil d'émancipation. Ce relativisme n'est plus possible.


Une guerre sourde et visuelle nous est menée. Il faut lancer un électrochoc face à ce défi. J'assume l'uniforme à l'école, au collège et au lycée. Abordons cette possibilité sans drame, avec sérénité. À l'université, il faut interdire le port de toutes tenues religieuses. Une fois cette interdiction posée pour tous, il faut l'appliquer sans trembler. Je propose donc que la loi offre à chaque université la possibilité d'établir une tenue propre pour rendre effective l'interdiction des signes religieux en son sein. Cela permettrait de retrouver un esprit de corps et d'appartenance collective qui manque à notre société. C'est le cas dans certaines grandes écoles et universités d'autres pays.


Vous prônez une droite populaire et sociale, en rupture avec le "rétrécissement" de la droite depuis 10 ans. A l'exception des retraites, on n'a guère vu de différences entre Éric Ciotti, Bruno Retailleau et vous...

Nous appartenons à la même famille politique. Mais notre divergence sur les retraites est centrale. Les retraites illustrent un piège dans lequel s'est enfermée la droite depuis dix ans. Elle a pensé que l'autorité réformatrice s'achetait en punissant les Français qui travaillent le plus durement. Je n'y crois pas. Prôner une réforme des retraites par le seul report de l'âge légal revient à faire la courte échelle à Emmanuel Macron. Or entrer dans un pacte politique avec lui n'est pas une option. J'observe par ailleurs que les positions évoluent sur ce sujet dans ma propre famille politique. Peu à peu je deviens de plus en plus original...


Vous pensez à Éric Ciotti, qui propose un système à la carte entre report de l'âge légal ou de la durée de cotisation ?

Il faut être crédible. Nous devons choisir entre le report de l'âge ou de la durée de cotisation. Une réforme à la carte ne marche pas. Et pour cause : chacun va choisir ce qui l'arrange, ce qui va rendre le système encore plus déficitaire. Je suis favorable à ce que l'on réfléchisse à la durée de cotisation. Cela permettrait de sortir de vieilles ritournelles, dont on ne se demande même plus si elles sont fondées ou pas. Il est faux de penser que le report de l'âge légal est la seule manière de financer le système.


Si nous voulons parler à la France qui travaille dur, nous devons porter des réformes justes. Pour ne pas disparaître, la droite doit sortir de sentiers battus et redevenir elle-même. La droite n'a jamais été conventionnelle. Une droite juste et populaire, c'est la seule et unique voie.


Sur les sujets régaliens, vous avez été très conventionnel...

Je ne crois pas l'être en proposant un "crime international de passeur" ou lorsque je m'oppose à la hausse du nombre de places dans les centres de rétention, absurdité financière et humaine. Vous avez affirmé que Marine Le Pen et Emmanuel Macron sont vos "adversaires politiques". Vous les renvoyez dos à dos, vous qui avez voté pour le chef de l'Etat au second tour de la présidentielle ? Ce sont mes adversaires, je ne partage pas leurs projets. Je connais mon écart de valeur fondamentale avec Marine Le Pen. Je sais ce que représente son parti. Je ne l'oublierai ni ne le banaliserai jamais. Et je perçois à quel point le projet d'Emmanuel Macron est fracturant et dévastateur pour le pays et donc contraire à mes valeurs. Je ne veux être le second couteau d'aucun des deux.



Cette position est partagée par vos concurrents...

C'est légitime. À une nuance près : vous ne m'entendrez jamais prendre la défense d'un député du Rassemblement national. Lorsqu'on est dans une famille politique, il faut consacrer plus d'énergie à la défense de ses amis qu'à faire la promotion de ses adversaires.



Vous faites référence à Bruno Retailleau, qui a récusé le caractère raciste du propos lancé à l'Assemblée par Grégoire de Fournas. Vous l'avez ciblé plusieurs fois dans le débat, comme sur l'IVG. Pourquoi cette animosité à son encontre ?

Il n'y a aucune animosité. J'ai amitié, respect et estime pour lui. Je respecte la franchise en politique, donc je cherche à savoir qui sont les uns et les autres. Personne ne doit tromper nos adhérents. Sur l'IVG, nous ne pouvons abandonner à la gauche notre propre combat historique. A quoi bon voter pour nous si la droite n'est pas prête à changer en mieux la vie des Français ?


Cette réflexion vaut pour mes deux amis. Prenons le cas du choix de notre futur candidat à la présidentielle. Il y a beaucoup de faux- semblants sur ce sujet. Certains se disent dans un coin de la tête que ce pourrait être l'occasion de se lancer. D'autres veulent peut- être tendre un piège à Laurent Wauquiez en le désignant trop tôt. La loyauté ne se proclame pas. Elle se traduit dans les actes. Ne comptez pas sur moi pour les déclarations d'amour en public. Comptez sur moi pour servir le collectif fidèlement.


Dans le camp Retailleau, on vous suspecte de préparer un ralliement à Éric Ciotti au second tour. Comment réagissez-vous ?

Les campagnes électorales des rumeurs et des couteaux cachés ne m'intéressent pas. Je n'ai pas un tempérament à me rallier. Je suis trop libre pour cela. La question n'est pas là. J'ajoute que ceux qui pensent que cette élection est pliée d'avance se trompent. Le débat d'hier soir l'a montré. Je vois sur le terrain la volonté des adhérents de passer à autre chose. A moi de rassembler au second tour.

Vous prônez une reconstruction de la droite. La séquence télévisée de lundi vous donne vraiment espoir ?

Nous avons réussi à parler de sujets dont on ne parlait plus depuis des années, par exemple l'éducation ou l'écologie. C'est une première victoire pour moi. Le danger reste toutefois les chamailleries. Avant-hier, comme vous, j'ai perçu quelques règlements de compte entre Bruno Retailleau et Eric Ciotti, nourris par des histoires passées que je n'avais pas à l'esprit parce qu'elles ne m'intéressent pas. Il faut une main neuve pour tourner les pages. C'est là tout mon engagement : donner à nouveau envie d'écouter la droite.


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