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[Entretien] « Je voterai contre la réforme des retraites si… »

Tenant d’une droite populaire, le député LR fait monter les enchères et liste plusieurs « lignes rouges ». Sinon, prévient-il,« ce sera sans moi ».



Votre parti votera, sauf surprise, la réforme des retraites. Ça y est, Les Républicains ont topé avec Emmanuel Macron sur un pacte de gouvernement ? Nicolas Sarkozy en a rêvé, Éric Ciotti l'a fait ?

Le seul pacte auquel je crois, c'est celui avec les Français, certainement pas avec Emmanuel Macron. Nous ne devons avoir qu'une obsession, les défendre, et d'abord ceux qui travaillent dur et portent tous les efforts. Dans ce débat sur les retraites, nous avons posé plusieurs lignes rouges, à commencer par la revalorisation des petites pensions. Nous serons intransigeants sur ce point : ce sera 1 200 euros pour les nouveaux entrants en carrière complète, mais aussi pour ceux qui sont déjà à la retraite.


Or je sens venir l'entourloupe sur les retraités actuels. Dans cette hypothèse, ce sera sans moi, car j'y vois un enjeu de dignité. Une deuxième ligne rouge porte sur la carrière des femmes. La prise en compte du congé parental est un progrès, mais il faut aller plus loin en permettant à celles qui ne l'utilisent pas, ou seulement en partie, de ne pas être pénalisées.



Je ne voterai pas une réforme injuste qui abîmerait le respect de l’effort et du travail.


Vous vous voulez le porte-voix d'une droite populaire qui protège les plus modestes. Cette réforme ne fait-elle pas porter l'effort sur ceux qui ont commencé à travailler jeunes, que l'on appelle parfois les « derniers de cordée » ?

C'est la troisième ligne rouge, devenue pour moi la mère des batailles. Il n'est pas question de voter une réforme qui sanctionnerait ceux qui ont commencé à travailler tôt. Or ceux qui ont débuté avant 21 ans vont, en l'état de ce texte, être les dindons de la farce. Ils travailleront deux ans de plus et financeront la réforme. Ce sont les métiers les plus difficiles, les moins bien rémunérés et pour lesquels on arrive en fin de carrière avec la plus forte probabilité d'être physiquement cassé par le labeur. Le gouvernement nous explique qu'ils bénéficient du dispositif sur les carrières longues, mais c'est une fable ! Il faut, pour cela, avoir commencé à travailler avant 20 ans et validé cinq trimestres avant la fin de l'année de ses 20 ans. Autrement dit, près de 80 % des Français concernés ne sont pas éligibles ! Pour une écrasante majorité de ceux qui ont commencé à travailler avant 21 ans, la réforme actuelle les obligera à travailler un à deux ans de plus, alors que ceux qui ont débuté plus tard ne subiront pas cet effort. Comment justifier cette injustice ?


Je propose que ceux qui ont commencé à travailler avant 21 ans puissent partir dès qu'ils ont acquis tous les trimestres nécessaires, sans tenir compte de l'âge légal. C'est une mesure simple, pas une usine à gaz, qui traite la question de la pénibilité de manière lisible et universelle. Et je précise que ce n'est pas une position personnelle mais collective que nous partageons désormais avec l'ensemble de mes collègues députés LR. Parce que la droite populaire doit protéger les Français les plus humbles.


Je vais être très clair : si ces trois conditions ne sont pas réunies, la réforme sera à mes yeux plus qu'imparfaite, elle sera injuste pour les travailleurs. Et je ne voterai pas une réforme injuste qui abîmerait le respect de l'effort et du travail.


Est-ce que ça veut dire que vous vous abstiendriez ou que vous voteriez carrément contre ?

Si nous n'avançons pas sur cet angle mort de la réforme, je voterai contre. Comprenez bien que c'est pour moi un élément majeur. Je n'accepterai pas que le travail soit pénalisé. Le gouvernement a posé de premiers jalons, mais ils sont insuffisants. Il y a encore du chemin à faire. La Première ministre a elle-même indiqué qu'il y avait matière à débattre d'ici au vote, nous allons donc poursuivre le bras de fer avec le gouvernement.


Que dites-vous aux grévistes et aux syndicats qui menacent de bloquer le pays ?

Je constate que les premiers à faire grève ne sont pas toujours ceux qui travaillent le plus dur… Nous devons défendre les travailleurs, pas les bénéficiaires des régimes spéciaux. Les travailleurs ne bloqueront sûrement pas le pays, mais ils subiront l'injustice de plein fouet.


On vous a caricaturé en « Sandrine Rousseau de la droite » quand vous avez proposé de passer à la semaine de quatre jours, mais en 38 heures…

Beaucoup n'ont voulu retenir que la première partie de ma phrase, sans faire l'effort de lire la seconde. Mme Rousseau veut disqualifier le travail ; je veux, moi, le renforcer. La réforme des retraites doit nous amener à ouvrir un débat plus large sur le rapport au travail. Le déséquilibre du système par répartition ne vient pas que d'un problème démographique, mais aussi de la baisse du temps de travail. On ne travaille pas assez en France. Si on travaillait davantage quand on est en bonne santé, on cotiserait mécaniquement davantage.

Les Français que je rencontre me disent souvent : « Nous ne voulons pas travailler moins, mais mieux et plus, pour faire vivre notre famille, réaliser des projets. » C'est ce que pourrait permettre la semaine de quatre jours en 38 heures, sans être applicable à toutes les entreprises ni obligatoire – on a vu ce que donnait la coercition socialiste avec les 35 heures. Est-ce que ça ne mérite pas d'être débattu ? La Belgique l'expérimente et plusieurs entreprises y réfléchissent. La droite doit retrouver la capacité de changer la vie des Français. Ayons de l'imagination et de l'audace. J'ajoute un point : le débat doit aussi porter sur le retour au travail de tous nos concitoyens. Entre 300 000 et 400 000 emplois sont vacants dans les secteurs en tension. La fragilisation de nos systèmes de solidarité vient aussi de là.



Vous devriez être nommé sous peu vice-président de LR. Vos détracteurs ont tenté de dissuader Éric Ciotti en lui expliquant que vous alliez l'« emmerder matin, midi et soir » !

Vous en savez plus que moi… Quand on a du tempérament, c'est naturel de déranger. J'ai avec Éric Ciotti une relation de confiance et de loyauté. Or il n'y a pas de loyauté sans liberté. Ce sont des valeurs qui comptent à mes yeux. Je ne me bats pas pour des postes, mais pour des convictions. Je continuerai à exprimer mes idées avec ma sensibilité pour aider à reparler collectivement à tous les Français, sans exception. J'ajoute que ma candidature récente à la présidence LR m'a changé. J'ai gagné en sérénité et en goût du collectif. Désormais, je ne cherche plus à imposer, mais à convaincre.


Les Républicains doivent-ils vraiment investir leur candidat pour la présidentielle de 2027 dans les six prochains mois, comme l'a promis Éric Ciotti ?

J'ai toujours dit qu'il fallait nettoyer nos statuts pour nous débarrasser de la primaire et des systèmes de départage qui sont des nids à division. Nous sommes en accord total avec Éric Ciotti et la majorité de nos militants sur ce sujet. S'agissant de la désignation de notre futur candidat, sautons les haies les unes après les autres pour éviter de trébucher une fois encore. En fin de campagne, Éric Ciotti a d'ailleurs indiqué que c'était au candidat de choisir son moment, et je n'ai pas compris que Laurent Wauquiez soit particulièrement pressé d'être désigné par le parti. Consacrons notre énergie à parler aux Français de leur vie et du pays que nous voulons bâtir. Pas à nous parler entre nous. Nos petites affaires ne les intéressent pas.


Et vous, pensez-vous parfois à l'Élysée ? Tout dans mon parcours a été atypique, grâce aux Lotois et à la République. Comment se met-on en tête l'idée extraordinaire d'être un jour candidat à la présidentielle ? Je n'en sais rien. Je n'ai pas été bercé à cette ambition depuis l'enfance. Alors, je passe des étapes pour le comprendre, pas à pas.


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