[Entretien] Impôts « À droite, il faut cesser de faire du clientélisme politique »

Dans une interview aux « Echos », le député du Lot, candidat à présidence de LR, plaide en faveur d'un changement de génération à droite. Il se démarque de ses concurrents, Eric Ciotti et Bruno Retailleau, sur les retraites ou les baisses d'impôts.


Aurélien Pradié, député du Lot et candidat à la présidence de son parti Les Républicains. (Joel Saget/AFP)


Dans la course à la présidence des Républicains, le député du Lot, Aurélien Pradié, fait figure de challenger. Arrivé tardivement dans la compétition, soutenu par les « jeunes loups » - pour la plupart des parlementaires LR - ce tenant d'une droite sociale et populaire accélère sa campagne et multi‐ plie les déplacements. Son objectif ? Créer la surprise en se qualifiant pour le second tour à l'issue d'un premier, organisé les 3 et 4 décembre prochains. Un débat entre les trois prétendants doit avoir lieu sur LCI, le 21 novembre prochain.


Question : En quoi seriez-vous un meilleur président de LR que vos concurrents, Eric Ciotti et Bruno Retailleau ?

Je sillonne la France depuis maintenant plusieurs mois et ce que je sens auprès des adhérents de LR, c'est d'abord une envie de tourner la page, que la relève prenne la main. Sans en faire un combat des anciens contre les modernes, je pense nous arrivons au bout d'un cycle. Il est temps de transmettre le flambeau. Je ne suis pas candidat à la présidence des Républicains pour rejouer éternellement les matchs d'hier et d'avant-hier, mais pour réveiller la droite. À LR, qui voulons-nous envoyer demain face à Jordan Bardella, Mathilde Panot et tous les nouveaux visages de la Macronie ? Je veux rebâtir une droite qui parle à tous les Français, renouer avec le mouvement populaire. Depuis quand Les Républicains ne parlent-ils plus aux Français ? Pour tourner la page, il faudra une main neuve.


Question : Soutenez-vous l'idée de votre parti et du gouvernement de relever l'âge légal de départ à la retraite ?

Nous passons notre temps à nous interroger sur ce qui distingue encore LR de la majorité, il s'avère que sur ce sujet, je suis le seul des trois candidats à la présidence de LR à formuler une réponse différente. Je ne suis pas favorable au report de l'âge légal. Je considère qu'il y a une hypocrisie considérable à en faire le totem de notre réflexion politique sur les retraites. Le report de l'âge légal, c'est une manière de s'acheter du courage politique sur le dos des Français qui travaillent le plus dur.


Question : Pourquoi ?

Je respecte trop le travail et l'effort pour commettre cette erreur. Le report de l'âge légal ne fera pas travailler mécaniquement plus longtemps les Français, c'est une illusioncomptable. Aujourd'hui, la moitié de nos concitoyens ne partent pas à l'âge légal de la retraite, certains s'en vont avant, d'autres après, selon l'accès ou non au taux plein.Nous avons dans ce pays près d'un Français sur dix qui termine les dernières années de sa carrière en invalidité alors que la plupart du temps, il s'agit de salariés qui ont commencé à travailler tôt, qui ont eu des métiers difficiles et exigeant physiquement. Je ne vois pas comment, nous, à droite, pouvons dire du matin au soir que nous respectons le travail et l'effort pour ensuite expliquer à ceux qui travaillent le plus durement que la perspective de fin de carrière à leur offrir, c'est une pension d'invalidité. L'invalidité coûte environ 8 milliards d'euros aux contribuables que l'Etat fait basculer hypocritement du régime des retraites à celui de la Sécurité sociale. Est-ce que c'est un signe de bonne gestion de notre effort sur les retraites ? Evidemment, non. Derrière cette hypocrisie, il y a une vraie lâcheté hexagonale parce que le politique est incapable de renverser la table et préfère faire peser sur les travailleurs l'effort de financement de tous nos autres déficits et gaspillages budgétaires.


Question : Que proposez-vous ?


J'ai proposé une alternative qui est beaucoup plus efficace et juste que le report de l'âge légal, c'est l'allongement de la durée de cotisations avec une règle simple : celui qui commence à travailler tôt, finit tôt. On pourrait porter la durée de cotisation à 45 ans. Et supprimer le taux plein à 67 ans, avec des aménagements bien sûr. Je souhaite que tous les cinq ans, nous ayons une automaticité de révision de la durée de cotisation, en fonction de trois indicateurs : l'espérance de vie, le taux d'emploi et l'état de nos finances publiques. La réforme des retraites par le report de l'âge légal, c'est un coup tiré, une fois pour dix ans. La révision automatique de la durée de cotisation est plus viable sur du moyen et long terme.


Question : Êtes-vous favorable comme vos deux concurrents à un allègement de la fiscalité ?

Avant de scander qu'il faut que nous soyons le parti de la baisse des impôts, il faut être le parti de la baisse de la dépense publique. Je ne serai pas celui qui baissera des petits bouts de fiscalité sans être assuré d'avoir dégagé l'économie nécessaire. À droite, il faut cesser de faire du clientélisme politique c'est la marque du macronisme, pas de la droite ! Vous ne m'entendrez pas dire que nous aurons un choc fiscal tant que nous n'aurons pas remédié à la gabegie de nos dépenses publiques. Toutes les cotes d'alerte sont franchies. Je propose que demain nous cessions de rapporter la dépense publique au PIB mais au budget de l'État : le déficit véritable serait alors de 30 % et non 6 %, comme il est affiché aujourd'hui. C'est un principe de vérité. Nous devrons travailler ensuite sur le cloisonnement des dettes. Je propose qu'en plus du projet de loi de financement de la Sécurité sociale et du projet de loi de Finances, le Parlement ait chaque année à voter sur un projet de loi de financement et de gestion de la dette. Il ne devra plus être possible pour le gouvernement de faire voter de nouvelles dépenses publiques sans assurer leur financement. Une fois engagé cet effort de baisse de la dépense publique et de contrôle de la dette, au terme de trois années nous pourrons envisager un choc fiscal pour les Français et nos entreprises. Ce choc fiscal libérera les salaires, le pouvoir d'achat et notre économie.


Question : Faut-il réformer en profondeur la fiscalité ?

Je propose que chaque Français paie l'impôt sur le revenu. Pour le permettre, nous devrons fusionner toutes les allocations sociales en une allocation sociale unique inférieure au revenu du travail. Toute personne qui perçoit un minima social devrait pouvoir payer, ne serait-ce que quelques euros d'impôt sur le revenu. Ce n'est pas une punition, mais la base symbolique, politique et sociale d'un nouveau pacte fiscal. Il ne s'agit pas de créer un nouveau trésor de guerre, une énième imposition pour remplir les caisses vides de l'État mais de responsabiliser chacun et de revenir au consentement fondamental à l'impôt. La multitude d'allocations sociales peut créer la suspicion chez nos concitoyens qui eux payent l'impôt. Je veux que nous ayons, grâce à la fiscalité, un levier de responsabilité individuelle et collective.


Question Êtes-vous hostile à la création des titres de séjour « métiers en tension » ?

Résumer notre politique migratoire à la seule question économique est proprement irresponsable. Ces métiers en tension doivent être pourvus en priorité par nos concitoyens. Nous avons encore beaucoup de chômeurs en France. Le défi que nous avons à relever aujourd'hui, ce n'est pas seulement de pourvoir les emplois vacants mais de veiller à l'intégration des étrangers en France. Il y a une forme d'irresponsabilité et de perte de contrôle totale du gouvernement poussé par les urgences économiques.


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