[Portrait] Aurélien Pradié, le franc-tireur

Candidat à la présidence des Républicains, le député du Lot a réussi à s'imposer dans une terre de gauche. Mais, peu connu nationalement, plutôt solitaire, le jeune homme de 36 ans va devoir montrer qu'il a le sens du collectif, s'il veut aller au bout de son ambition.



Aurélien Pradié. Vincent Nguyen pour Le Figaro Magazine


« Impossible n'est pas Français. » Ce dicton, Aurélien Pradié pourrait en faire son étendard, tant son parcours politique démontre qu'à force de volonté, de ténacité et de travail, rien n'est irréalisable. « Quand on me dit que quelque chose est impossible, qu'on ne peut pas le faire, ça me met en colère, assure le député du Lot de 36 ans, candidat à la présidence des Républicains en décembre prochain. Il n'y a pas de fatalité. »

Le jeune homme le démontre en 2008 quand, à 22 ans, il devient conseiller général du Lot, en battant dès le premier tour son ancien instituteur, socialiste. L'exploit n'est pas mince pour celui qui affiche ses couleurs de droite dans un département totalement acquis à la gauche. Pendant la campagne, son adversaire pense le déprécier aux yeux des électeurs en rappelant lui avoir appris à lire, à écrire et à compter: « Il n'était pas très bon élève. » Pourtant l'élève bat le maître. Dans l'assemblée départementale, Aurélien Pradié est le seul élu étiqueté UMP. On lui recommande vivement de changer. « Ici, on n'est pas de droite ! Devenez centriste, voire radical», lui conseille un vieux sénateur. Refus d'Aurélien Pradié. Celui qui a pour modèle Charles de Gaulle, Georges Pompidou et Jacques Chirac ne s'imagine pas trahir ses idées et ses valeurs. Son élection lui vaudra un déjeuner à l'Elysée, en compagnie de Jean Sarkozy, plus jeune conseiller général de France, invité par le président de la République, Nicolas Sarkozy.

Ses premières années en politique vont lui forger ce caractère solitaire et combatif qui deviendra sa marque de fabrique à Paris. Localement, ses adversaires ne lui font aucun cadeau ! Il disparaît des photos officielles, comme au bon vieux temps de la Russie communiste ! Son canton sera même redécoupé pour mieux l'ancrer à gauche. Trop tard, l'amateur de boxe a su encaisser les coups et les rendre efficacement. Entre-temps il est devenu maire de Labastide-Murat et conseiller régional.

Dire qu'il n'avait pas osé avouer à ses parents qu'il séchait les cours à la fac de droit à Toulouse pour militer au sein de l'UMP ! Son père, qui avait monté une entreprise de négoce de fruits dans le département, a fait un AVC qui l'a laissé paraplégique. La famille bascule. Il faut vendre l'entreprise, se serrer la ceinture, connaître les fins de mois difficiles. Dans ce contexte, le jeune Pradié n'ose pas dire à ses parents qu'il n'a pas passé ses partiels. Il mise tout sur les cantonales. Muni de deux cartes TGN (qu'il a gardées) et de sa mobylette, il visite toutes les maisons du canton et apprend à connaître tous les habitants.



En pleine discussion avec une membre du «collectif des suspendus oubliés» qui milite pour la réintégration des personnes ayant refusé de se faire vacciner contre le Covid. Vincent Nguyen pour Le Figaro Magazine



UNE 4L ET UNE BOUSSOLE

« Il sait faire campagne», admire un de ses amis du Lot, qui l'a vu à la manœuvre. Notamment en 2017, pour faire tomber dans l'escarcelle des LR la première circonscription du Lot, celle de l'ancien ministre radical Maurice Faure, puis en 2022 pour la conserver en améliorant son score, malgré la cible que les macronistes avaient mise sur lui. « Tous les ministres sont venus dans le Lot. Et tous demandaient en arrivant ce qu'ils pouvaient faire pour me contrarier ! » Aurélien Pradié soupçonne un accord local entre le premier ministre Jean Castex et son ancienne adversaire des régionales, Carole Delga. Curieusement, le candidat macroniste renonce à se présenter quand la présidente de région vient cinq fois dans sa circonscription soutenir le candidat socialiste dissident. Après sa victoire, profitant d'une session du conseil régional, Aurélien Pradié s'amusera à offrir deux cadeaux à Carole Delga : une réplique miniature de sa 4L avec laquelle il a sillonné les routes et une boussole. « Elle s' opposait à Jean-Luc Mélenchon mais a soutenu la candidate de la France Insoumise-Nupes au second tour ! »


Aurélien Pradié remet l’église au milieu du village en posant les bonnes questions

François Durovray, président du conseil départemental de l’Essonne


Cette réélection ne doit rien au hasard. Les régionales de 2021 ont été un tournant. Réticent au départ à affronter Carole Delga, ne voulant pas avoir l'image d'un perdant, il change d'avis quand Christian Jacob lui explique, au cours d'un dîner en tête-à-tête, qu'il doit être chef de file en Occitanie.« Tu n'as aucune chance, reconnaît le patron des LR. Mais tu ne peux pas passer ton temps à dire que les autres ne sont pas courageux et ne pas aller au combat. » La bataille est rude, la défaite inévitable et difficile. Mais Aurélien Pradié sent les regards changer sur lui.« Je change de catégorie. Surtout chez ceux qui me considéraient comme velléitaire. Il y a du respect pour ceux qui ont des cicatrices. » Surtout, pendant cinq ans, Aurélien Pradié a beaucoup travaillé. « Je n'ai que le bac, tout ce que j'ai appris, je l'ai appris après. » Il s'impose une discipline de fer : lecture assidue, rencontres avec des experts.


Dans sa salle de classe à Labastide-Murat. Vincent Nguyen pour Le Figaro Magazine



Et quand il ne comprend pas ce qu'on lui dit, il n'a aucune honte à faire répéter son interlocuteur. Ce qui lui permet aujourd'hui de proposer des idées iconoclastes pour son camp comme de renoncer au report de l'âge de départ à la retraite et de le remplacer par un allongement de la durée de cotisation. Le candidat n'a pas hésité longtemps à lancer cette proposition dans le débat de la présidence des LR. Il savait que c'était un bon moyen de se démarquer de ses concurrents, trop attachés au dogme. Et il sentait que les militants étaient prêts. Il suffit de voir les visages s'éclaircir les têtes hocher de haut en bas en signe d'approbation, pour comprendre qu'il verbalise quelque chose que les adhérents LR voulaient sans oser l'affirmer. En tout cas, à Canet-en-Roussillon (Pyrénées- Orientales) comme à Périgueux (Dordogne), quand il aborde ce sujet, les applaudissements fusent. Preuve qu'il vise juste. « Aurélien Pradié remet l'église au milieu du village en posant les bonnes questions, estime François Durovray, président du conseil départemental de l'Essonne, un de ses soutiens. Il aborde les sujets avec le bon angle. »



Traditionnelle pause café à Cahors. Vincent Nguyen pour Le Figaro Magazine


TRUBLION CHEZ LES LR

Il n'y a pas si longtemps, il aurait foncé tête baissée pour imposer ses vues, sans forcément être totalement prêt. Aujourd'hui, il sait qu'il doit discuter posément, avancer ses arguments, écouter ceux des autres. « Avant, je ne mettais pas la forme pour convaincre. Maintenant, je fais plus attention. » «Il a tendance à être cassant, tempère un Lotois qui le connaît bien. On n'arrive pas à le déchiffrer complètement. Il ne montre pas toutes les facettes de sa personnalité. » Pendant cinq ans, il a fait figure de trublion chez les LR, n'hésitant pas à bousculer les plus anciens, sans forcément se faire ami avec les autres.


Aurélien Pradié a le cuir tanné. Il a survécu à tous les mauvais coups fomentés par la gauche dans le Lot

Cela lui a valu de solides inimitiés au sein du groupe LR à l'Assemblée nationale mais aussi au parti. Pour avoir survécu à tous les mauvais coups fomentés par la gauche dans le Lot, Aurélien Pradié a le cuir tanné. Il a grandi politiquement sans appui ni parrain. Même s'il sait que pour poursuivre son ambition, il a besoin de s'appuyer sur un réseau et des soutiens. « C'est un franc-tireur, même s’il a appris à travailler en équipe, admet un proche. Il lui manque malgré tout la notoriété. »



Poignée de mains avec quelques habitants de sa circonscription. Vincent Nguyen pour Le Figaro Magazine


LE SURF, BELLE LEÇON D'HUMILITÉ

Car entre le Lot et Paris, Aurélien Pradié préfère sa terre natale. Il s'arrange pour être dans la capitale du mardi au jeudi et n'a qu'une hâte, revenir dans les Causses. « Ma vie, c'est ici. Je ne me sens pas à l'aise à Paris », admet celui qui retape en ce moment la maison de ses grands- parents pour en faire un gîte. Il assure n'être jamais aussi bien qu'avec ses copains d'enfance ou sur une planche de surf sur les plages du Cap-Ferret. Il lui arrive de partir de sa maison de Labastide-Murat le dimanche matin, juste pour aller surfer et revenir dans la soirée. « Ça me fait du bien, ça me calme beaucoup. Ce sont des moments magiques de solitude. Les plus grosses sensations de liberté, c'est avec ma planche que je les ai eues.» À Biarritz, alors que ses collègues parlementaires planchaient sur la rentrée politique, fin septembre, il a pris sa planche pour aller surfer l'après-midi sur la Grande Plage. « Le surf, c'est exigeant, c'est ingrat, c'est une belle leçon d'humilité. »



Dans son bureau à Labastide-Murat. Vincent Nguyen pour Le Figaro Magazine

Quand il était venu le soutenir aux dernières législatives, Gérard Larcher avait été impressionné par sa popularité. « Il connaît tout le monde», s'était enthousiasmé le président du Sénat, qui a pourtant suivi nombre de campagnes pour lui ou pour d'autres et sait débusquer toutes les ficelles du métier. Dans le relais routier qui borde la route qui mène à Figeac, force est de constater que tous les habitués viennent le saluer ou lui glisser un petit mot sympathique. Même ceux qui ne partagent pas ses opinions politiques. Serrer des mains, labourer sa terre électorale, être attentif aux gens, Aurélien Pradié a su retenir les leçons de son modèle, Jacques Chirac, dont il a une photo dans ses bureaux, à Paris comme à Labastide-Murat, qui le montre, attentif, discutant avec un paysan corrézien. Emilie, son amie d'enfance, raconte : « Quand on était petits, quand tous les autres jouaient au football, lui parlait politique. » Elle ajoute : « Je lui ai offert un livre sur Jacques Chirac. Je lui ai mis une dédicace : Quand tu seras à l'Elysée, n'oublie pas d'où tu viens. »



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