[Entretien] Retraites « Ne pas punir les Français qui travaillent dur »

Aurélien Pradié est candidat pour présider Les Républicains dans le cadre du congrès du parti, début décembre. Le député du Lot fait campagne sur le non-recul de l’âge légal de la retraite. Il considère que LR a perdu le peuple et que sa seule chance pour ne pas disparaître, est de le reconquérir.

Vous refusez la retraite à 65 ans contrairement à votre parti. Est-ce le meilleur moyen de gagner la présidence LR ?


J’ai des convictions et je les assume. La clarté et l’honnêteté payent toujours en politique. Nous sommes de plus en plus nombreux à dire qu’il est temps de se remettre en question. Nous perdons les élections nationales depuis dix ans car nous ne parlons plus aux Français modestes qui font tourner le pays. Ce qui serait irresponsable c’est de ne pas poser les questions difficiles. De continuer comme avant. Et de disparaître.

Comment parler à ces Français modestes qui travaillent ?


En respectant le travail laborieux et en ne cherchant plus à punir injustement les Français qui travaillent le plus dur. Le report de l’âge légal est devenu une obsession, qui nous coupe de la France populaire qui sait ce qu’est l’effort, des artisans, des ouvriers, des caissières, etc.

Donc pas d’âge légal ?


Le recul de l’âge légal de la retraite est devenu un pseudo-totem de courage politique. La médaille de réformateur politique ne s’achète pas en tapant sur ceux qui travaillent le plus. Celui qui a commencé à travailler tôt doit finir tôt. Celui qui a commencé à travailler plus tard, dont les revenus sont généralement plus élevés et les métiers moins pénibles, doit partir plus tard. C’est une position claire, efficace et juste.

La seule possibilité d’équilibrer les retraites n’est donc pas le report de l’âge légal ?


Non. Je veux dégonfler ce mythe. Le report de l’âge légal à 65 ans permettrait, dit-on, un gain de 20 milliards d’euros d’ici à 2030. Or, un Français sur dix termine les neuf dernières années de sa vie de travail en invalidité. Donc mettre la retraite à 65 ans est hypocrite : dans la loi, on fera travailler plus longtemps les Français et dans les faits, ce sera l’assurance maladie qui financera car beaucoup ne pourront plus travailler jusqu’à cet âge. Il faudra débourser autour de 8 milliards pour l’assumer. Si on ajoute les autres mesures sociales, le gain final est plutôt de moins de 10 milliards. Loin des 20 revendiqués...En préférant l’allongement de la durée de cotisation de manière automatique dans le temps, vous permettez un gain équivalent et plus dynamique sur 20 ans.

Combien d’annuités proposez-vous ?


Concrètement, la durée de cotisation pourrait être revue tous les cinq ans si nécessaire, automatiquement, selon trois indicateurs : l’espérance de vie, la croissance économique et le taux d’emploi dans le pays, le niveau de notre déficit public.Nous pouvons travailler plus longtemps sans en passer par l’âge de départ. Le faire en poussant jusqu’à 44 années de cotisations est plus juste et aussi efficace sur du moyen terme. Une réforme des retraites doit se discuter avec les partenaires sociaux… Bien sûr mais le rôle du politique est de fixer le cap. Les représentants des branches professionnelles reçoivent ma proposition positivement, y compris les chefs d’entreprise.

Et les adhérents LR ?


Les adhérents, comme les Français, attendent que la droite tourne des pages. Quand j’explique mon projet, je sens une forme d’espoir. En vérité, beaucoup de nos adhérents se sentent mal à l’aise avec l’idée de faire toujours peser l’effort sur ceux qui travaillent le plus.



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